31.3.09

Régis Debray invité de l'AG de Désirs d'avenir

30.3.09

Ségolène Royal galvanise les troupes de Désirs d'avenir

Ségolène Royal a galvanisé samedi les troupes de Désirs d'avenir, les exhortant à se "faire respecter" au sein du PS, fustigeant les "oiseaux de proie" de l'économie française et exaltant les valeurs de fraternité, en présence d'un Régis Debray conquis.

Dans un théâtre Dejazet plein, quelque 800 "fans" ont accueilli avec enthousiasme l'ex-candidate à la présidentielle, vedette de l'assemblée générale de l'association, relancée à cette occasion.

Applaudissements, salle debout scandant "Ségolène présidente", la présidente de Poitou-Charentes, long pull-tunique blanc, a souri du "grand nombre" de ses "chers amis" qui ont ri, songeant au récent flop de Martine Aubry, patronne du PS au Zénith sur les libertés. Sur scène, l'entouraient une vingtaine d'adhérents et ses fidèles lieutenants Jean-Louis Bianco et Dominique Bertinotti.

Tête de pont de l'ambition présidentielle de Mme Royal pour 2012, D.A. revendique quelque 9.000 adhérents. Mais vis-à-vis du PS, "pas de compétition entre nous! c'est la même maison", a recommandé son président l'avocat Jean-Pierre Mignard.

Et la présidente de Poitou-Charentes d'exhorter: "Soyez ouverts, soyez exemplaires, faites vous respecter vous et vos idées sans état d'âme mais sans vous perdre dans les jeux d'appareil stériles".

Pour elle, D.A n'est "pas un courant, encore moins un sous-courant", mais "un mouvement ouvert", "espace de réflexion et d'éducation populaire", "catalyseur d'idées", "vecteur de la démocratie qui s'enracine dans l'histoire de la gauche, sans tabou".

D.A. tiendra sa première "université populaire" sur la "fraternité", le 29 avril. Est prévu également un "Forum social" de la fraternité à Montpellier fin septembre.

Rappelant le "contexte social extrêmement tendu", Mme Royal a fustigé bonus et parachutes dorés de ces "délinquants très riches, ces oiseaux de proie" pouvant "compter sur la mollesse d'un pouvoir complice qui se la joue ferme dans ses discours mais tellement sans courage dans les actes".

Pour elle, "tout un pays (est) tendu vers une soif de justice sociale, révulsé par des comportements prédateurs, une sorte de délinquance des plus riches", alors que la "fraternité devrait être un principe de tout gouvernement".

Hommage également au leader guadeloupéen du LKP, Elie Domota: "sans lui, ce mouvement social aurait pu basculer dans le sang".

Et parce qu'elle a entendu que "le people et le glamour, ça ne suffit pas et --que malgré les apparences, c'est également ma conviction-- nous avons invité Régis pour réfléchir", a-t-elle malicieusement glissé.

Le philosophe Régis Debray, auteur d'un récent essai "Fraternité!", a salué celle qui "a su donner une nouvelle jeunesse à un mot oublié, un mot refoulé", "presque incongru". "Tu l'as remis à la mode", "redonné de la chair et du sang", a-t-il lancé, en allusion à sa fête controversée de la fraternité au Zénith en septembre 2008.

L'ancien conseiller de François Mitterrand s'est taillé un beau succès, jugeant que fraternité "ne fait pas partie du vocabulaire du chef de l'Etat", car "il n'appartient pas à la mode libérale anglo-saxonne" ou lançant "Tout est fait pour l'egosystème ou le tout à l'ego".

"Le refus, donc le combat, le projet, donc le programme, l'organisation, donc la discipline, le réseau, l'agir ensemble. Cette chaîne-là, elle a de l'avenir. Vous avez pris de l'avance et vous avez bien fait!", a-t-il conclu, ovationné.

Primaires ouvertes: les sympathisants PS votent pour...Ségolène!

Voilà un résultat qui occasionne nettement moins de contestation que le deuxième tour du vote pour le premier secrétariat du parti, au terme du congrès de Reims...

Selon un sondage à paraître ce mardi dans Libé, sympathisants socialistes et de gauche se prononcent massivement en faveur de primaires ouvertes pour désigner le candidat du PS à la prochaine présidentielle. A hauteur, respectivement, de 66% et 63%. L'opinion des Français en général y est aussi favorable, quoique dans de moindres proportions (57%).

Pour les sondés, les primaires ouvertes seraient d'abord "démocratiques" (77%), "modernes" (72%) et donneraient "plus de chances au candidat désigné" (67%). Côté objections, elles se révèleraient "difficiles à mettre en place" (53%) et délicates "à organiser" (50%).

Au delà du PS, l'idée de primaires ouvertes pour désigner un candidat unique de toute la gauche est plébiscitée, puisque 66% des Français y sont favorables. Un score qui monte jusqu'à 75% chez les sympathisants de gauche et socialistes...

Les principaux ténors ont également été testés:

DSK demeure en tête chez les Français (28%) mais pas chez les sympathisants PS (21%) et de gauche (19%). Ségolène Royal est en pole position chez les sympathisants de gauche (25%) et les sympathisants socialistes (26%), mais en deuxième position (18%) sur l'ensemble des Français. Quant à Martine Aubry, elle figure en troisième position chez les Français (14%) comme chez les sympathisants de gauche (19%) et PS (20%). Derrière, et dans l'ordre décroissant on trouve Bertrand Delanoë, Benoit Hamon, Laurent Fabius et enfin François Hollande. De quoi faire réfléchir les uns et les autres sur l'opportunité, justement, de primaires ouvertes...

De fait, d'Arnaud Montebourg, qui est un fervent partisan des primaires ouvertes, à Daniel Vaillant, qui y voit "la mort du PS", nombreuses et variées sont les positions socialistes quant à la façon d'organiser la désignation du candidat pour 2012.

Ils voteront pour qui les sympathisants de gauche à votre avis?

L'effet Belphégor, Jacques Julliard, Le Nouvel Observateur

Il est vrai que Ségolène n'a pas la culture du parti : et si c'était là le secret de sa popularité ?


Fabius et Jospin, Aubry et Delanoë, Hollande et Strauss-Kahn, Rocard et Lang, Hamon et Montebourg, tous unis, tous réconciliés ! Une seule cible ! Qui donc disait que Ségolène Royal divisait le Parti socialiste ? Elle a réalisé ce miracle de leur faire oublier leurs querelles au profit d'un seul objectif : l'abattre.
A un détail près : c'est que le troupeau des éléphants, toutes tendances confondues, les rouges, les roses, les blancs, ne pèse plus désormais que la moitié du parti. La gagnante, ou plutôt celle qui s'est d'emblée proclamée telle, était assurée de 50% au premier tour grâce au désistement de Delanoë : elle n'en obtint que 35%; et de 69% au second, grâce à Hamon : elle n'en réunit que 50%. Le cartel des notables n'a fait que l'affaiblir. Ces figures réunies, loin de rassurer, ont suscité l'effroi. C'est l'effet Belphégor !

Feu sur le QG !
On a fait justement observer que Ségolène Royal est la contemporaine de ses concurrents; qu'elle a près de trente ans de vie politique derrière elle, même s'il n'y paraît pas. Seulement, les gens ne sont pas si bêtes. Ce qui compte à leurs yeux n'est pas l'ancienneté dans le parti mais l'ancienneté dans la tête. Comme tous les grands non conformistes, Ségolène a mis comme premier point à son programme : feu sur le quartier général ! Les gens se sont dit que quelqu'un qui déteste à ce point les éléphants - et qui est à ce point détesté par eux - ne pouvait être entièrement mauvais. Il est vrai qu'elle n'a pas la culture du parti, ne parle pas comme le parti, ne s'habille pas comme au parti : et si c'était là le secret de sa popularité ?

Qu'est-ce que les «néos» ?

On se condamnerait à ne rien comprendre à ce qui se passe actuellement au Parti socialiste si l'on voulait ramener ce grand remaniement à un face-à-face gauche/droite : ces guerres de position font désormais sourire les populations. On se rapprocherait davantage de la vérité en évoquant le combat des anciens et des modernes : parlementaristes contre présidentialistes. Mais au fait qui a le plus, après Mitterrand, présidentialisé le parti ? C'est Lionel Jospin qui, en 2001, a inversé les dates de la présidentielle et des législatives au profit de la première; c'est lui encore qui a fait décider la désignation du premier secrétaire du parti au suffrage universel des militants. C'est pourtant le même qui, à propos de Ségolène et de ses amis, a évoqué les «néos» de l'avant-guerre, qui ont si mal fini - entendez dans le nazisme. Rapprocher, fût-ce par sous-entendu, Ségolène Royal de Marcel Déat est indigne. Il a beau la détester, à la place de Lionel, j'enverrais des excuses et des fleurs à Ségolène.

L'hallali des éléphants

Un tel dérapage en dit long sur le degré d'exaspération des caciques. C'est pourquoi le vrai critère pour caractériser la situation actuelle n'est pas politique - l'affrontement gauche/droite - ni même temporel - les anciens contre les modernes -, mais anthropologique. Ce n'est pas à Marx ni même à René Rémond qu'il faut se référer, mais plutôt à René Girard et à sa théorie du sacrifice. Dans cette optique, l'immolation de la victime expiatoire - Ségolène Royal s'est déjà fait photographier avec un agneau dans les bras ! - vise à assurer la cohésion de la tribu et la régénération de ses membres. Il y a, dans l'hallali des éléphants, quelque chose des «Chasses du comte Zaroff», le célèbre film américain d'avant-guerre, où le gibier de la chasse à courre n'est pas un cerf mais un homme. Alors, à plus forte raison, une femme ! Dans ces conditions, de quel côté en définitive y a-t-il le plus d'irrationnel ?

Trop de magouille tue la magouille

Contrairement à la plupart des voix qui s'élèvent, je ne trouve pas que l'étalage public des malversations dues au système du caïdat, qui caractérise la vie interne du PS depuis plus d'un demi-siècle, soit déplorable. Au contraire. Seule une grande crise cathartique comme celle que nous vivons avait quelque chance de débarrasser le principal parti de la gauche des impostures et des mensonges. Cette égalité des suffrages, fruit d'un hasard malicieux, doit être regardée comme un signe du destin. Au sortir du congrès l'autre semaine, un observateur et acteur de la chose socialiste s'interrogeait à voix haute : «Et si Reims avait été notre dernier congrès socialiste ?»

Dans ces conditions, la tâche de Ségolène Royal n'est pas terminée, loin de là. On aura compris que je la considère, depuis le début, comme le fléau de la gauche démocratique, un fléau devenu nécessaire à son salut. Dans cette crise éprouvante où elle a servi de cible, elle a manifesté une résistance nerveuse incroyable. C'est peut-être la qualité primordiale du responsable politique. Yes, she can !


Jacques Julliard

Le Nouvel Observateur

27.12.08

Hamon aboie, notre caravane continue sa route.

Je dirai à Benoît Hamon, éminent représentant d'une petite minorité du PS que :

1/L'unité du parti est de la responsabilité de l'équipe dirigeante qui a confisqué l'appareil du PS à son seul profit et pour le bénéfice d'arrières-gardes antagonistes usées jusqu'à la ficelle.

2/La motion E est majoritaire à la proportionnelle des courants, homogène et représente à elle seule la moitié au moins des adhérents du PS, ce qui en fait de facto la première force du parti socialiste.

3/Mettre de côté la moitié du PS en l'écartant de la direction dans des simulacres de discussion sur une plateforme indigente est inadmissible et dangereux et empêche le PS de procéder à des évolutions tout à fait indispensables.

4/Nous disons que quand la règle est mauvaise, il faut la changer! C'est le contraire qui se produit : Le rafistolage circonstanciel d'écuries moribondes décidées à vérouiller leur pouvoir autour d'un appareil épuisé.

5/ Ce dont il s'agit aujourd'hui, c'est d'ouvrir le PS aux forces du renouveau en son sein et à la société française dans toutes ses composantes, partis, associations, intellectuels, lieux d'expertise et d'échanges citoyens.

6/ L'aveuglement politique de cette direction à la vision étroite, auto-centrée et agressive est le signe d'une faiblesse frileuse et inquiétante qui réduit le parti socialiste à son expression la plus archaïque, le condamne à la division des vaincus d'hier, peu soucieux de la démocratie dans ce parti comme il l'ont prouvé dans le passé récent.

7/ Nous ne (nous) laisserons pas faire. L'histoire est en marche aussi dans ce vieux parti, nous le ferons avancer en écartant les murs et en poussant cet attelage fatigué avec les forces qui ne manquent pas à l'extérieur, des altermondialistes au républicains sociaux qui voudront converger et nous rejoindre pour faire gagner les idéaux de justice et d'équité mis à mal dans notre pays.

8/ Dans cette perspective, la direction du parti socialiste doit montrer l'exemple et être une force d'avant-garde, ouverte et respectueuse, démocratique et juste, fidèle au vote des militants et fraternelle.

Jean-Pierre Tolochard.

23.11.08

Les bons comptes font les bons camarades

25 + 25 + 22 = 50, 02 – 12 voix ici, 20 là, 6 ailleurs, 4 encore, 13 ailleurs, et d'autres en moins pour nous certainement, mais des procurations acceptées et pourtant interdites, des votes déclarés nuls contre toute règle, des votants en règle non intégrés sur les listes, des empêchements à recompter pour certains d’entre nous, des résultats qui sont soigneusement tenus au frais en attendant la fin de la partie...

Voilà l’arithmétique suicidaire des revenants divisés pour empêcher une victoire démocratique de la première force unie du PS.

Nous ne nous laisserons faire ni aujourd’hui ni demain.

Et nous gagnerons aujourd’hui ou demain.

Courage, restons unis mes amis, pour en finir avec ces méthodes moribondes, cette haine insensée, ce verrouillage des apparatchiks, la bartolonisation rampante qui disqualifie notre parti, soyons sereins et déterminés et nous gagnerons .

16.11.08

Oui, elle le peut

Après une nuit pour rien, le PS en est toujours au même point. Ségolène Royal, plus en forme que jamais, commence à tirer son épingle du jeu. Dans son dernier discours, elle cherche à se rallier les déboussolés de la motion Delanoë et en appelle… aux Français. A tous les Français. On le sait déjà, à l'issue de la bataille, il n'en restera qu'un(e). Et si c'était Ségolène?

Ségolène Royal clôture ce long week-end de divorces en faisant un appel du pied sans ambiguïté au déçus de la motion A : les électrons libre de la motion de Delanoë, qui n’a pas présenté de candidat contre Ségolène Royal, et qui cette nuit n’a pas réussi non plus à faire de synthèse avec les deux autres, celle de Martine Aubry et de Benoît Hamon. « Nous avons besoin de toi Bertrand, et de tes amis, et nous aurons à cœur de rassembler tous les talents des autres motions, nous aurons aussi besoin de toi François. », a-t-elle lancé.

Toujours sur la même ligne, toujours avec le même mot, « Rassembler » , qui est revenu dans le discours de ce matin au moins à six reprises, Ségolène Royal s’adresse non pas seulement aux représentants de fédérations, qui sont devant elle, mais depuis le début, aux militants directement. Et dans ce dernier discours du Congrès de Reims, elle se sent déjà Premier secrétaire du parti socialiste lorsqu'elle en appelle à la France toute entière:

« J’appelle tous les français. C’est pour rassembler tous les socialistes que je me bats ». Pour ceux qui ne voulaient pas d’un présidentiable à la tête du parti, c’est râpé !

Ségolène Royal s'engage à rassembler si elle est élue Premier secrétaire du PS

Ségolène Royal s'est engagée dimanche à "rassembler tous les talents" si elle est élue Premier secrétaire du Parti socialiste, dans un appel du pied à Bertrand Delanoë et à ses amis.

"Si je suis élue, l'effort de rassemblement continuera, nous aurons besoin de toi Bertrand et de tes amis", a déclaré la candidate au poste de Premier secrétaire du PS dans son discours de clôture du congrès de Reims. Bertrand Delanoë n'a pas donné de consigne de vote à ses partisans pour le vote de jeudi, qui opposera la finaliste de la présidentielle de 2007 à Martine Aubry et Benoît Hamon.

Mme Royal s'est aussi adressée directement à son ex-compagnon, le Premier secrétaire sortant François Hollande, à qui elle a rendu un rare hommage. "Nous aurons besoin de toi, François, à qui tous les militants savent ce qu'ils te doivent pour avoir notamment maintenu contre vents et marées l'unité de notre Parti socialiste", a-t-elle dit. François Hollande est resté imperturbable devant cet hommage.

"Maintenant la parole est aux militants, c'est à vous militants de rassembler désormais notre parti", a lancé la présidente de la région Poitou-Charentes. "C'est à vous de choisir celui ou celle qui aura la lourde charge de diriger le parti dans l'unité", a-t-elle poursuivi. Quel que soit le résultat du vote, "tout le monde devra se ranger derrière celui ou celle qui sera désigné par le vote souverain des militants", a prévenu Mme Royal. "Si je suis élue, j'aurai besoin de rassembler tous les talents des socialistes, c'est pour cela que je me bats", a-t-elle souligné.

Ségolène et les vieillards - Jacques Julliard - Nouvel Obervateur (13/11/08)

Il ne faudrait pas que l'aveuglement conduise les socialistes à un suicide collectif

A l'évidence, Ségolène Royal les rend fous. Pis que cela : elle les rend bêtes. Supérieur à la moyenne, le quotient intellectuel des dirigeants socialistes s'effondre brusquement, à la limite de la débilité, dès que l'on prononce le nom de Ségolène. Leurs boussoles s'affolent, leurs logiciels se détraquent; elle est à elle seule leur triangle des Bermudes.

On se souvient de Laurent Fabius : «Qui gardera les enfants ?» De Martine Aubry : «Ce n'est pas un concours de beauté !» De Lionel Jospin : un livre entier contre l'ex-candidate ! Michel Rocard veut s'en aller; Jean-Luc Mélenchon est déjà en fuite. Le social-libéral Delanoë s'inquiète d'une alliance possible avec le MoDem. François Hollande, son ex-compagnon, bégaie à l'annonce du résultat, se contredit, sème des pièges, allume des contre-feux.

Tous la détestent. La plupart, qui rêvent en secret d'un rapprochement avec le centre et ne laissent pas d'ourdir des désistements avec les centristes; tous, qui pensent comme des bourgeois, qui vivent comme des bourgeois, qui thésaurisent comme des bourgeois, affichent leur terreur : «L'an dernier, on a échappé de peu à François Bayrou comme Premier ministre !» Commedianti ! Tragedianti ! En bon français : faux-culs !

Une perte d'intelligence aussi subite et aussi collective ne relève pas des sciences cognitives, mais bien de la psychanalyse. Comment expliquer ce mélange de haine rabique et de sottise avérée ?

C'est en vérité bien simple : Ségolène Royal n'accepte pas la règle du jeu; par son comportement, elle la détruit. Qu'est-ce que le Parti socialiste ? Un cercle fermé, à l'image d'un club anglais, où de vieux machos, le teint couperosé, le tweed fatigué, la pochette agressive, veulent pouvoir siroter en paix leur porto à l'abri de leur femme, de leurs fournisseurs - et du peuple.

Ce n'est pas une question de droite ou de gauche : Jean-Luc Mélenchon et Jean- Marie Bockel ont longtemps coexisté au PS et, du reste, Ségolène Royal y est conjointement accusée de tendances droitières et de démagogie gauchiste. C'est une question d'endogamie politique. On veut rester entre soi : le PS, c'est le Jockey Club à la portée des instituteurs.

Alors, quand Ségolène préconise la démocratie participative, qu'elle surfe sur les 20 euros et dénonce dans la cotisation une taxe sur la militance, toute la basse-cour se met à caqueter : on n'est plus chez soi !

Quand elle décrit la social-démocratie comme une recette du passé qui s'efforce de réparer les dégâts du capitalisme alors qu'il s'agit de les prévenir, elle pose le bon diagnostic mais elle dérange : on s'était à peine installé dans les habits de Bernstein, dans les recettes suédoises et dans les meubles Ikea qu'il faudrait déjà décaniller ? Impossible, ma chère ! C'est comme ses tenues : il paraît qu'elle est passée chez son coiffeur et qu'elle a changé de robe avant d'aller au Zénith ! Ce n'est pas Rocard ou Jospin qui feraient des choses pareilles.

Ils se contentent de scier des planches à la télé ou d'y chanter «les Feuilles mortes»... Mais le Zénith ! Il y avait là de la musique comme à la Fête de l'Huma. Ou comme à la messe, oui, mon cher, comme à la messe !

A propos, les centaines de milliers de militants qui dans l'Ohio, en Floride, en Virginie et ailleurs ont assuré la victoire d'Obama, étaient-ils à jour dans leurs cotisations ? Ce n'est pas sûr, camarades, il faudrait aller vérifier ça avant de se réjouir.

Alors, vous êtes donc un inconditionnel de Ségolène ? - Pas si vite, mon ami, pas si vite. Elle a encore des progrès à faire et beaucoup à travailler d'ici à 2012. Elle est souvent trop arrogante et pas assez fiable. Mais elle est l'un des principaux atouts du parti. Et puis, Ségolène Royal est un symptôme.

De ces bonzes inoxydables, vieux dans leur tête, vieux dans leurs moeurs politiques, les Français de gauche ne veulent plus : «Encore vos combines ? Alors, encore Ségolène !» disent-ils. La marginaliser, ce serait vouloir tuer le symptôme plutôt que la tumeur. Il ne faudrait pas que la mesquinerie, le ressentiment, l'aveuglement conduisent les socialistes à un suicide collectif, comme un troupeau de baleines déboussolées qui viennent s'échouer sur la grève.

Jacques Julliard
Le Nouvel Observateur

Quand S. Royal emporte Reims...Par "Iconoclaste", samedi 15 novembre 2008

Qu'on le veuille ou non, qu'on l'aime ou que l'on ne l'aime pas, Ségolène dans un discours de trente-cinq minutes a prouvé non seulement qu'elle était une femme politique novatrice, mais encore qu'elle était une femme politique courageuse.

En affrontant une salle largement acquise à M. Aubry (qui avait fait la retape, pour l'occasion), elle a tour à tour démoli la maire de Lille qui fustige l'alliance avec le MoDem tout en s'alliant à Lille avec lui, et pris au mot le maire de Paris en proposant de soumettre cette question - si elle devait se poser, dans trois ans - aux militants.

Certaines mauvaises langues auront beau dire que la question des alliances a été tranchée par le vote du 6 novembre (70 % des militants désapprouveraient cette alliance au centre). C'est une erreur grossière : les militants ne se prononçaient pas là-dessus.

J'entends déjà ceux qui me diront : "Il fallait opter pour une ligne politique". Mais une ligne politique est mouvante, en fonction des circonstances, du temps, de l'opportunité. Elle n'est pas statique ou immobile. Fr. Mitterrand n'a jamais été arc-bouté sur une ligne politique. C'est ce qu'a voulu dire la présidente de la région Poitou-Charentes.

Mais, ce qui m'a le plus choqué, devant mon téléviseur (et je l'avoue, j'ai parfois eu le frisson), ce sont les huées, les lazzis, quand elle a dit : "Il nous faut prendre soin de notre parti et pour cela il va falloir nous guérir nous-même, nous soigner", ou bien : "Il faudra rassembler nos tendresses, nos colères et nos indignations", ou bien encore : "Nous voulons un parti fort, n'ayons pas peur des militants, n'ayons pas peur d'une invasion de militants"...

Conspuer quelqu'un qui prône la réconciliation, l'amour entre soi, la fraternité (qui est tout de même inscrite sur les frontons de nos édifices), cela montre le degré zéro auquel est arrivé le Parti socialiste. Les Français sont consternés par tout cela. Les vieux socialistes auront réussi une chose : rendre plus aimable S. Royal. Plus ils tapent sur elle, plus cela la renforce !

P. Moscovici affirme : "C'est un discours plein de fulgurances et de béances. Il y a un problème, c'est un discours assez décalé. Je vois que c'est très clivé, sa personnalité divise. Cela va nuire au vivre ensemble du parti et ce n'est pas possible pour le parti. Il faut réfléchir à une solution."

Le député du Doubs n'a pas compris que nous assistions à une mutation politique, une autre façon de faire de la politique. Les meetings et les congrès organisés de la même manière depuis des décennies, c'est terminé. S. Royal est en train de réinventer la politique à gauche, elle est en train de réinventer la gauche.

Ce congrès de Reims restera dans l'Histoire, comme celui de Tours. Car ce que le PS est en train de faire, c'est de jeter en dehors de lui-même un pan entier de socialistes qui veulent changer. Si S. Royal continue d'être aussi haïe, maltraitée et avec elle les militants qui la soutiennent, le PS se fera hara-kiri. Le peuple français ne le suivra plus.

L'ex-candidate a marqué la vie politique française et la gauche. Plus rien ne sera comme avant. Rejeter la main qu'elle tend aux autres motions sera(it) suicidaire pour le PS. Et le pire, c'est qu'il est prêt à se tuer. Plutôt se tuer que de confier Solférino à S. Royal ! La haine est plus forte que le rassemblement, malgré les difficultés des Français, malgré les défis nouveaux que pose la crise financière, malgré le devoir d'innovation que nous imposent les difficultés climatiques et écologiques.

C'était un grand discours aujourd'hui qu'a prononcé S. Royal à Reims. Un discours qui fera date, un discours fondateur. Que les autres dirigeants en prennent de la graine et réfléchissent aux enjeux auxquels le Parti socialiste est confronté ! Il en va de sa survie politique, électorale et militante. Ségolène l'a bien compris.